Pourquoi jeûner une semaine ? Renouer avec sa puissance intérieure
- Perrine Leclert

- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
Chaque année, depuis 8 ans, je jêune une semaine.
J'accompagne des groupes de jeûneurs depuis plus de 5 ans.
L'être humain a toujours jeûné, depuis la nuit des temps.
Dans le contexte actuel, je crois que le jeûne devient de plus en plus une nécessité.
Il est nécessaire aujourd'hui, plus que jamais, d'intégrer des temps de silence, de ralentissement.
De travailler son écologie intérieure. De prendre soin de son jardin intérieur.
De s'éloigner, un temps, de la sur-stimulation, du bruit ambiant permanent.

D'abord, que se passe-t-il dans le corps quand on jeûne ?
Avant de parler de tout ce que le jeûne éveille en nous de plus subtil, il est important de rappeler ce qui se joue, très concrètement, dans notre physiologie.
Après 24 à 36 heures sans nourriture, le corps épuise ses réserves de glycogène et bascule progressivement vers la cétose : il se met à puiser dans les graisses pour produire de l'énergie.
C'est à ce moment-là que s'enclenche un mécanisme fascinant, l'autophagie, littéralement "se manger soi-même" : les cellules commencent à nettoyer et recycler leurs composants endommagés ou vieillissants.
Un véritable processus de régénération cellulaire, pour lequel le chercheur Yoshinori Ohsumi a d'ailleurs reçu le prix Nobel de médecine en 2016.
Le jeûne permet aussi une mise au repos du système digestif, sollicité en permanence dans nos modes de vie actuels où l'on mange souvent 4 à 5 fois par jour, sans réel espace de récupération. Ce repos digestif libère de l'énergie que le corps peut réorienter vers d'autres fonctions : réparation tissulaire, régulation hormonale, renforcement immunitaire.
On observe également une baisse de l'inflammation générale, une régulation de la glycémie et de l'insuline, ainsi qu'une augmentation du BDNF, une protéine qui favorise la plasticité et la clarté du cerveau — ce qui explique en partie cette sensation de lucidité qui s'installe après quelques jours de jeûne.
Ces bienfaits physiologiques sont aujourd'hui largement documentés par la science. Mais ce que j'ai envie de partager avec vous va au-delà de la biologie. Car le jeûne, quand on le vit pleinement, touche quelque chose de bien plus profond.
Le monde va vite. Trop vite.
Notifications, actualités anxiogènes, sollicitations permanentes, écrans qui nous happent dès le réveil… Nous vivons dans un monde saturé de stimuli, où le silence est devenu une denrée rare, presque suspecte.
Et au milieu de tout ce bruit, il y a nous.
Notre corps qui fatigue sans qu'on sache toujours pourquoi. Notre esprit qui tourne en boucle.
Notre cœur qui, parfois, ne sait plus très bien ce qu'il ressent tant il est submergé.
Le jeûne d'une semaine, ce n'est pas une mode.
Ce n'est pas une performance à afficher.
C'est un retour vers l'intérieur.
Une manière radicale de dire stop, ne serait-ce que pour quelques jours, à tout ce qui nous éloigne de nous-mêmes.
Développer notre robustesse
S'adapter au manque de nourriture, ou au trop plein, au chaud, au froid. Pour devenir plus fort, plus résilient.
Il y a un concept qui m'a beaucoup éclairée sur ce que le jeûne développe en nous : celui de la robustesse, développé notamment par Olivier Hamant, biologiste et chercheur à l'INRAE.
Il oppose la robustesse à la performance : là où la performance cherche l'optimisation maximale dans un environnement stable et prévisible, la robustesse, elle, se construit dans la variabilité, l'inconfort, l'imprévu.
Un système robuste n'est pas celui qui fonctionne parfaitement dans des conditions idéales, mais celui qui sait continuer à fonctionner, à s'adapter, quand les conditions changent, se dégradent, se font hostiles. C'est une capacité qui se construit par l'exposition régulière à des variations, des contraintes, des manques — pas par leur évitement systématique.
Or nos vies modernes sont devenues des environnements lissés, tempérés, optimisés pour éliminer toute forme d'inconfort : chauffage et climatisation permanents, nourriture disponible à toute heure, confort immédiat à portée de main.
Nous sommes devenus, biologiquement parlant, des systèmes ultra-performants dans un environnement stable… mais terriblement fragiles dès que cet environnement se dérègle.
Le jeûne, à l'image du froid, de l'effort physique ou du silence, est une manière de réintroduire de la variabilité volontaire dans nos vies.
On expose le corps à une contrainte réelle — le manque de nourriture — pour qu'il retrouve ses capacités d'adaptation, qu'il muscle sa flexibilité métabolique, qu'il redevienne apte à faire face à l'imprévu.
Ce n'est pas se rendre plus performant. C'est se rendre plus robuste.
Plus capable de traverser les tempêtes, plutôt que simplement optimisé pour le beau temps.
Notre corps a une intelligence ancienne, façonnée par des millénaires d'alternance entre abondance et manque.
Il sait s'adapter, si on lui en laisse l'occasion.
Mais dans nos vies modernes, tout est lissé, tempéré, disponible en permanence.
Plus de faim qui attend, plus de froid qui mord, plus d'effort qui façonne.
En jeûnant, on réapprend au corps à puiser en lui-même.
On lui redonne l'occasion de montrer ce dont il est capable.
Et souvent, ce qu'il révèle nous surprend : une force insoupçonnée, une clarté nouvelle, une capacité à traverser l'inconfort sans s'effondrer.
C'est peut-être ça, la résilience : ne plus craindre le manque, parce qu'on a appris qu'on peut le traverser. Et c'est peut-être ça aussi, la robustesse : ne plus dépendre d'un confort permanent pour continuer à fonctionner.
Récupérer de l'autonomie sur notre santé
Et si nous prenions soin de notre santé comme de la prunelle de nos yeux?
Nous avons délégué tellement de choses concernant notre corps.
Nous attendons souvent qu'il craque pour nous en occuper.
Le jeûne est une manière de reprendre les rênes, doucement, sans dramatiser, mais avec conscience.
C'est se dire : je peux faire quelque chose pour moi-même, ici, maintenant, sans attendre une prescription, sans attendre que ça aille mal.
C'est un acte d'amour envers soi. Une manière de dire à son corps : je te vois, je t'écoute, je prends soin de toi.
Éveiller notre conscience
Se reconnecter à la vie en nous et autour de nous.
Les premiers jours de jeûne sont souvent inconfortables.
La faim, la fatigue, parfois l'irritabilité.
Mais peu à peu, quelque chose se dépose.
Le mental s'apaise.
Les sensations reviennent, plus fines, plus précises.
On remarque la lumière du matin. Le chant d'un oiseau. La texture d'un tissu sous les doigts.
On redevient sensible à ce qui, d'habitude, nous échappe complètement, noyé sous le flot des pensées et des occupations.
C'est comme si, en retirant la nourriture, on retirait aussi un voile. Et en dessous, la vie est là. Simplement là, disponible, comme elle l'a toujours été.
Reprendre confiance, nourrir l'espoir
Il y a quelque chose de profondément régénérant à traverser une semaine de jeûne.
On découvre qu'on est capable de tenir, de traverser l'inconfort, de ne pas céder à la première difficulté.
Cette confiance-là ne reste pas cantonnée au jeûne.
Elle infuse le reste de la vie.
Si j'ai pu traverser cela, qu'est-ce que je ne pourrais pas traverser ?
Et de cette confiance naît, doucement, une forme d'espoir.
L'espoir qu'on peut changer, qu'on peut guérir, qu'on peut se réinventer. Que rien n'est figé.
Se connecter à notre humanité
À notre joie, à notre cœur.
Ce que je n'attendais pas, la première fois que j'ai jeûné une semaine, c'est cette vague d'émotions.
Des larmes qui montent sans raison apparente.
Une joie simple face à un coucher de soleil. Une tendresse retrouvée pour les gens qui m'entourent.
Le jeûne dépouille. Il enlève les couches d'anesthésie qu'on accumule sans même s'en rendre compte : la nourriture qui rassure, les écrans qui distraient, l'agitation qui empêche de sentir.
Et sous ces couches, il y a le cœur.
Vivant, sensible, parfois blessé, mais toujours là, prêt à ressentir pleinement si on lui en laisse l'espace.
Tisser des liens, se sentir pleinement vivant
Avec le cœur des autres. Partager, ressentir, se sentir pleinement vivant.
Ce qui m'a le plus marquée dans cette expérience, ce n'est pas la perte de poids, ni même la clarté mentale. C'est cette sensation d'être plus présente. Présente à moi-même, présente aux autres, présente à la vie.
Dans un monde qui nous pousse à consommer, à accumuler, à combler chaque vide par du bruit ou de la nourriture, le jeûne est un acte de résistance douce.
Une manière de dire : j'ai le droit de ralentir. J'ai le droit de faire silence. J'ai le droit de me retrouver.
Et si c'était le moment ?
Je ne dis pas que le jeûne est la solution à tout. Je ne dis pas que c'est facile, ni que c'est fait pour tout le monde.
Mais dans ce monde qui va trop vite, qui nous sur-sollicite, qui nous éloigne de nous-mêmes, je crois profondément qu'il est nécessaire et précieux de créer des espaces de silence, de ralentissement, de robustesse.
Le jeûne d'une semaine en est un. À la fois profondément ancré dans la physiologie, et pourtant si vaste dans ce qu'il touche en nous.
Alors peut-être, si vous sentez ce besoin sourd de vous retrouver, de faire silence, de reprendre soin de votre jardin intérieur… peut-être est-ce le moment d'essayer.
Si vous ressentez cet appel et souhaitez être accompagné(e) dans cette démarche, en toute sécurité et avec douceur, n'hésitez pas à me contacter. C'est un chemin qui se prépare, qui se vit, et qui mérite d'être accompagné avec bienveillance.
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